Le vin reste en tête des boissons alcoolisées préférées des Français, mais le paysage se fragmente. Les cocktails poursuivent leur progression, les effervescents gagnent du terrain et les spiritueux confirment leur ancrage, à la fois en pur et en mixologie. Au fil des usages, c’est toute la hiérarchie des moments de consommation qui se redessine. Voilà en résumé le contenu du Baromètre SOWINE/Dynata 2026.
Longtemps structuré par des habitudes relativement lisibles, le marché français montre aujourd’hui des signes de dispersion. Le vin demeure la boisson alcoolisée préférée des Français, cité par 52 % d’entre eux, devant la bière à 51 % et le champagne à 34 %. Mais ces trois catégories reculent sur un an, tandis que d’autres formats avancent plus nettement. C’est le cas des vins effervescents, en hausse de 10 points à 22 %, et des cocktails, qui atteignent 29 %.
Ce rééquilibrage dit quelque chose d’un marché moins gouverné par les réflexes installés que par les occasions. Chez les 18-25 ans, le mouvement est particulièrement visible : les cocktails deviennent la boisson alcoolisée la plus citée, à 46 %, devant la bière et le vin. Autrement dit, la consommation ne s’organise plus seulement par catégorie, mais par contexte, par envie et par moment.
Dans cet ensemble en mouvement, les spiritueux conservent une place solide. En 2026, 58 % des Français déclarent consommer des spiritueux purs, et 59 % des spiritueux en cocktails. La frontière entre dégustation et convivialité continue donc de s’assouplir. Les spiritueux sont majoritairement consommés entre amis et à l’apéritif, mais progressent aussi en soirée, signe d’un usage de plus en plus intégré à des séquences sociales variées.
La curiosité des consommateurs
Le classement des catégories consommées pures reste dominé par le rhum, puis le whisky et les liqueurs. Le fait marquant vient du gin, qui atteint 52 % et passe devant le cognac. La dynamique est particulièrement nette chez les 36-49 ans, tandis que les 18-25 ans demeurent la tranche la plus consommatrice de gin parmi les amateurs de spiritueux. D’autres segments progressent également, comme l’armagnac, le ratafia ou le mezcal. Le tableau ne raconte donc pas seulement une domination des grandes familles déjà installées ; il montre aussi une curiosité persistante pour des profils plus différenciés.
La mixologie, de son côté, ne faiblit pas. Le rhum reste la base la plus utilisée en cocktail, devant la vodka, même si cette dernière recule. Le whisky progresse à 30 %, tout comme la tequila et, plus modestement, le gin. Surtout, la pratique reste massivement domestique : 78 % des consommateurs de cocktails à base de spiritueux déclarent les préparer eux-mêmes. Cela confirme l’installation durable du cocktail à la maison, non plus comme simple effet de mode, mais comme un usage courant.
Cette évolution s’inscrit dans un cadre plus large. Les lieux de consommation se diversifient, avec un rôle croissant de la restauration. Pour le vin, le restaurant s’impose même devant le domicile parmi les principaux lieux de consommation. Pour les spiritueux, la sphère privée reste dominante, mais le restaurant conserve un poids structurant. Le hors domicile ne remplace pas l’usage domestique ; il le complète, en élargissant les situations de dégustation.
L’ère du digital
Autre enseignement important : le digital s’installe un peu plus dans le parcours d’achat. Les achats en ligne progressent aussi bien pour le vin que pour les spiritueux. Pour ces derniers, 42 % des acheteurs déclarent avoir commandé sur internet. Les sites de producteurs dominent, devant la grande distribution, les cavistes et les pure players. Cette montée du e-commerce va de pair avec un rapport plus informé à l’achat, nourri à la fois par l’entourage, les professionnels, la presse, les guides et les réseaux sociaux.
L’influence numérique progresse également. Une part croissante des consommateurs dit accorder de l’importance aux recommandations de créateurs de contenu, et 20 % des Français déclarent avoir déjà acheté un vin recommandé sur les réseaux sociaux. Le phénomène est plus marqué chez les plus jeunes, mais il ne se limite plus à eux. Dans le même temps, 30 % des Français disent avoir déjà utilisé une intelligence artificielle pour se renseigner sur le vin, le champagne, la bière ou les spiritueux. L’IA entre donc dans le paysage, non comme substitut, mais comme nouvel outil d’orientation dans un univers où le choix devient plus vaste et plus complexe.
En filigrane, le Baromètre dessine ainsi un consommateur moins fidèle à un seul registre, plus mobile dans ses préférences, plus attentif aux contextes et plus ouvert aux arbitrages. Le vin garde son statut, la bière ralentit, les effervescents montent, les cocktails s’installent, et les spiritueux continuent de bénéficier d’un double ressort : la dégustation pure et la plasticité du cocktail. Pour le secteur, l’enjeu n’est plus seulement de défendre des positions. Il est de comprendre des usages devenus plus fragmentés, plus souples et, au fond, plus concurrentiels.



