Pour les producteurs de saké, la France reste un eldorado à conquérir. À l’instar du vin, le saké épouse à merveille la culture gastronomique hexagonale. Plusieurs manifestations ont ainsi vu le jour ces dernières années, mais en 2025, en parallèle du Whisky Live Paris, s’est tenu pour la première fois le Saké Master, premier concours de dégustation et de service dédié au saké dans l’Hexagone. Quelques mois après la compétition, Whiskymag.fr tenait à faire connaissance avec la gagnante de cette première édition : Chloé Cazaux Grandpierre.

À l’heure où la catégorie trouve ses marques et s’installe, il fallait bien un concours pour valoriser la culture du saké en France. Pour la première fois, en effet, une épreuve proposant de tester les facultés organoleptiques et les connaissances des candidats. 

Destiné à révéler les futurs ambassadeurs du saké en restauration, ce concours s’adresse aussi bien aux sommeliers et professionnels du CHR, qu’ils soient confirmés ou en formation. À la clé pour le vainqueur : un voyage au Japon, à la rencontre des producteurs et à la découverte des terroirs du saké.

Co-organisé par le Whisky Live Paris et le Kura Master (concours d’alcools japonais destiné au public français, organisé depuis 2017), la compétition a mis les candidats à l’épreuve à travers un format complet : épreuves théoriques, techniques de service et dégustations à l’aveugle.

Révélateur de talents

 

C’est Chloé Cazaux Grandpierre qui, pour la première édition du Saké Master, a grimpé sur la plus haute marche du podium. Une professionnelle de la catégorie qui n’en est pas à son coup d’essai. Rencontre.

Whiskymag.fr : Quel est votre parcours et comment avez-vous découvert le saké ?

Chloé Cazaux Grandpierre : J’ai toujours voulu travailler dans la promotion de produits du terroir, et j’ai tout naturellement atterri dans le vin. Je suis née à Bordeaux, mais j’ai vécu douze ans à Tahiti, en Polynésie française. En 2013, à Vinexpo, j’ai participé à une conférence sur le saké. Je me souviens être dans les couloirs et chercher une formation en France sur le sujet. À l’époque, il n’y en avait qu’une seule. J’ai obtenu le diplôme de Certified Sake Sommelier en 2014, puis je suis devenue Sake Educator SSA en 2016, avant de passer le Shochu Advisor durant le COVID avec la Sake School of America.

En parallèle de mes activités dans le vin, j’ai créé en 2017 une branche Japon nommée Otsukimi, Buveurs de Lune, une structure dédiée au saké et aux alcools japonais. Je vends principalement aux particuliers via mon e-shop et je propose également du conseil pour les professionnels ainsi que des formations.

J’ai écrit le livre « 111 Sakés à ne pas manquer », publié aux éditions EMONS à la fin 2023. En février 2025, j’ai ouvert OBA, un restaurant bistronomique à Bordeaux. Je ne suis pas seule dans cette aventure : mon associé, Patrick Herreyre, saké sommelier, est un grand professionnel de la restauration. Il dirige déjà le restaurant NAMA depuis presque dix ans. Nous avons la chance d’avoir un chef japonais qui prépare des plats à partager, en fonction des saisons et en utilisant des produits du terroir du Sud-Ouest.

« Le saké est toujours un produit de niche, mais il intéresse et questionne. »

WMAG.FR : Vous êtes installée à Bordeaux, comment réussir à faire entendre la voix du saké au cœur même de la capitale du vin ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Bordeaux est très ouverte d’esprit. Nous consommons du vin et des alcools depuis longtemps : nous avons donc une curiosité gustative. Il y a une grosse communauté japonaise, avec une scène gastronomique dynamique entre les restaurants Ishikawa, AOI Izakaya, Mondrian Les Carmes (avec le restaurant de Morimoto), Maison Musubi ou encore Pavillon Yuasa. Ce dernier soutient d’ailleurs la réalisation d’une sauce soja faite par l’équipe du Château Coutet à Saint-Émilion. Et puis, nous avons la chance d’avoir deux maisons de production de saké : la Brasserie Winterholer et Saké de Bordeaux. Bordeaux est la ville de France où il y a le plus de restaurants par habitant : ici, on aime manger et boire. Le saké est toujours un produit de niche, mais il intéresse et questionne.

 

« Il faut désacraliser le saké et raconter des histoires. Après, il n’y a pas de secret : il faut en parler, il faut le faire goûter, il faut être là ! »

 

WMAG.FR : Pour une personne qui découvre le saké, quels conseils donneriez-vous à un novice ? Quelles sont les bonnes pratiques ?

CCG : Je crois qu’il faut désacraliser le saké et raconter des histoires. Comme pour le vin, la notion de plaisir est primordiale (avec modération) : il faut donc avoir l’esprit ouvert, car le saké a des goûts que nous ne connaissons pas nécessairement en Occident. Il faut se laisser porter par ses émotions. Il y a forcément un saké pour chaque palais. La technique, la façon dont le produit est fabriqué, les ingrédients font partie de la curiosité, mais l’important, c’est vraiment de savoir dire « j’aime » ou « je n’aime pas ».

WMAG.FR : Quel impact le Saké Master a-t-il eu sur votre parcours ?

D’abord, je suis très fière. Ce concours correspond à ce dont la catégorie a besoin actuellement : de la visibilité pour donner un maximum de clés aux consommateurs et les aider à franchir les frontières gustatives et culturelles du saké. C’est un concours essentiel dans ce sens.

WMAG.FR : Quel est votre accord mets/saké préféré ?

CCG : J’aime beaucoup le fromage de chèvre, donc un bon saké de type méthode Kimoto, légèrement chauffé, avec un bon fromage de chèvre coulant et surtout un bon pain croustillant ! Sinon, pour un accord très local, je dirais que les huîtres du Bassin d’Arcachon sont parfaites avec un grand nombre de sakés ! (Et d’ailleurs, l’espèce Gigas a été introduite grâce au Japon, à la suite de problèmes de maladies qui ont décimé la grande majorité de nos huîtres endémiques.)

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