Pour sa sixième édition, Trois Rivières réunit trois millésimes d’exception – 2006, 2014 et 2016 – dans un assemblage d’une rare élégance. Guidé par Daniel Baudin, maître de chai multi-récompensé, ce Triple Millésime célèbre le dialogue entre les âges et la singularité d’un terroir martiniquais reconnu dans le monde entier.

Comment est né le concept de la Collection Triple Millésime et quelle était votre ambition initiale en lançant la première édition en 2014 ?
Le concept s’inspire de l’univers du cognac, où l’art d’assembler différents millésimes constitue une tradition ancestrale. En 2014, nous avons décidé de puiser dans nos réserves, patiemment constituées au fil des années, pour sélectionner trois millésimes emblématiques : 1998, 2000 et 2007. Ce qui devait être un galop d’essai s’est rapidement imposé comme un véritable coup de maître, donnant naissance à une collection devenue iconique.

Quels critères vous guident dans la sélection des millésimes à assembler ? Comment travaillez-vous pour maîtriser la convergence dans le mélange ?
Pour révéler nos grands millésimes, nous sélectionnons uniquement ceux qui se distinguent par leur longueur en bouche et par la richesse de leurs arômes. Aucun choix n’est arrêté à l’avance : ce sont nos dégustations régulières qui font émerger les millésimes les plus remarquables. Chaque sélection est guidée par la quête de complexité et de caractère.

Vous comparez l’assemblage des millésimes à une forme d’éducation mutuelle entre les rhums. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela signifie concrètement dans votre travail de création ?
C’est une véritable conversation entre les âges. Le millésime le plus ancien transmet son expérience, sa profondeur et son élégance, tandis que le plus jeune apporte son énergie et sa vivacité. Lors de l’assemblage, le millésime le plus vieux va donc éduquer le plus jeune, de même que ce dernier va soutenir le plus vieux. Ce dialogue subtil entre les différents comptes d’âge permet de révéler les qualités de chacun et de faire ressortir le meilleur de chaque rhum.

En quoi l’édition 2025 (2006, 2014, 2016) se distingue-t-elle des précédentes, tant en termes d’origine des fûts que de profil aromatique ?
La 6ème édition du Triple Millésime 2006–2014–2016 se distingue des précédentes par l’originalité de son élevage et par la singularité de son profil aromatique. En effet, elle combine des fûts ex-cognac pour les millésimes 2006 et 2014, qui apportent complexité et rondeur, avec des fûts ex-bourbon pour le millésime 2016, contribuant à la fraîcheur et à l’équilibre de l’ensemble. En dégustation, elle révèle une trame aromatique marquée par des notes pâtissières et de miel, soutenues par une élégante touche boisée. La finale, longue et délicatement gourmande, se distingue par une fraîcheur qui vient parachever l’équilibre entre intensité et élégance.

Le coffret rétrospectif signé par Manon Bouvier-Toth met en lumière le lien entre marqueterie de paille et art de l’assemblage. Cette collaboration vous a-t-elle inspiré d’une manière particulière ?
Nous avons souhaité célébrer ce savoir-faire d’exception en rassemblant toutes les éditions dans un écrin unique, limité à seulement douze exemplaires. Conçu par Manon Bouvier-Toth, Meilleure Ouvrière de France en marqueterie de paille, il incarne l’alliance parfaite entre art et exigence. Son talent, qui métamorphose de simples fétus de paille en créations précieuses, fait écho à notre propre démarche : sélectionner et assembler des matières premières pour en révéler toute la beauté. Comme dans l’art subtil de l’assemblage des millésimes, minutie, patience et exigence guident son geste. Les motifs du coffret racontent notre terroir : la canne à sucre ondulant sous les alizés, le soleil dansant sur la mer, et cette minéralité singulière qui signe l’identité de nos rhums. Réalisé en bois de chêne, il rappelle enfin la noblesse des fûts qui veillent sur la maturation de nos cuvées. Comme dit Manon Bouvier-Toth, « c’est une explosion de savoir-faire qu’on a réuni dans un seul coffret ».

Comment définiriez-vous l’expérience gustative de ce nouvel opus ?
Ce dernier opus réunit trois nouveaux grands crus d’exception. La fraîcheur du 2016, vieilli en fûts d’ex-bourbon se conjugue avec la complexité aromatique du 2014, élevé à parité en fûts d’ex-bourbon et d’ex-cognac. Le 2006, issu de fûts de chênes français, apporte quant à lui une belle rondeur. L’attaque est onctueuse, avec des notes pâtissières et de miel. Arrivent ensuite des arômes d’eaux-de-vie de fruits soulignés par des épices, du gingembre et des piments d’une délicate douceur, qui ouvrent la porte à une finale d’une grande fraîcheur.

Qu’est-ce qui fait selon vous la signature gustative des rhums Trois Rivières, au-delà du travail d’assemblage ?
Les rhums Trois Rivières se distinguent par une élégance singulière, marquée d’une subtile touche saline et iodée. Leur identité s’affine grâce à une expertise reconnue dans l’art du vieillissement, qui confère profondeur et structure. De délicates notes boisées, des épices douces, parfois relevées d’une pointe de tabac blond ou de cacao, viennent prolonger le plaisir de la dégustation. L’équilibre entre puissance aromatique, rondeur et suavité définit la signature unique de la maison. Trois Rivières incarne ainsi un style à la fois généreux et raffiné.

En 2019, vous avez été désigné Best Rum Master Distiller à Miami. En quoi cette reconnaissance internationale a-t-elle influencé votre approche ou vos projets depuis ?
Cette distinction est avant tout une reconnaissance du travail mené par les équipes Trois Rivières. Nous travaillons chaque jour avec rigueur, afin de tirer le meilleur de notre terroir si unique du sud de l’île et de défendre la qualité des rhums Trois Rivières, toujours dans l’objectif d’éduquer le consommateur sur l’excellence de nos rhums AOC de la Martinique. Elle m’a rappelé que mon rôle de Maître de Chai exige patience, passion et, surtout, le plaisir du partage. La patience est essentielle pour superviser le vieillissement des rhums, leur permettre de se développer et garantir que leurs profils atteignent leur plein potentiel. La passion pour l’artisanat rhumier suscite l’engagement et le dévouement nécessaires à la création d’assemblages exceptionnels et à la préservation de l’héritage de la marque. Enfin, un Maître de Chai accompli prend plaisir à partager ses connaissances et ses créations.

Vous évoquez déjà un septième opus. Pouvez-vous nous en dire plus sur la direction que prendra cette prochaine édition ?
La septième édition s’inscrira dans la continuité des six éditions précédentes, tout en conservant sa propre identité. J’ai sélectionné des millésimes qui ont déjà figuré parmi la collection, mais qui ont évolué au fil du temps pour offrir une profondeur, une élégance et une complexité organoleptique impressionnantes. Un millésime plus jeune apportera fraîcheur et vivacité à cette cuvée, qui ravira sans aucun doute nos connaisseurs de longue date et attirera de nouveaux consommateurs vers notre gamme de rhums vieux agricoles d’exception.

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