Après la frénésie post-Covid, le marché des enchères retrouve des équilibres plus sains. Les bouteilles véritablement rares continuent d’attirer les collectionneurs, tandis que les références portées uniquement par le marketing peinent davantage à convaincre. Le baromètre FSA 2026 dessine un marché plus sélectif, mais loin d’être à l’arrêt. Entretien avec Étienne de La Morsanglière, directeur Fine & Rare à LMDW.

Le baromètre parle d’une normalisation du marché. Concrètement, qu’est-ce qui a changé dans le comportement des acheteurs en 2025 ?
On observe clairement la fin d’une forme d’excitation généralisée. Aujourd’hui, une bouteille ne dépasse des seuils élevés que si elle est réellement exceptionnelle. Avant, il pouvait y avoir une forme de frénésie sur des lots beaucoup plus courants. Cette phase s’est calmée : les acheteurs sont devenus plus rationnels et plus exigeants.

Peut-on dire que la période spéculative ouverte après 2020 est refermée ?
Elle n’est pas complètement terminée, car il y aura toujours des comportements spéculatifs. Mais elle s’est nettement apaisée. Beaucoup d’acheteurs arrivés récemment ont acheté trop cher, dans un contexte d’euphorie, et se retrouvent aujourd’hui confrontés à une baisse des prix. Cela les incite à se retirer ou à être plus prudents.
C’est une différence importante avec le marché du vin, qui est cyclique depuis longtemps. Sur les spiritueux, pour beaucoup d’acteurs, c’est la première baisse qu’ils expérimentent.

Les bouteilles sous 1 000 euros représentent 93 % des volumes. Qu’est-ce que cela signifie ?
Cela traduit un recentrage des transactions. Certains acheteurs ne se positionnent plus sur les grosses bouteilles comme auparavant. Le marché des enchères étant un marché secondaire, cela reflète aussi des ajustements sur le marché primaire.
Les bouteilles exceptionnelles continuent de se vendre, mais une partie des vendeurs préfère aujourd’hui proposer soit des bouteilles plus classiques, soit des pièces réellement rares ou issues de collections personnelles.

Le très haut de gamme ne représente plus que 0,1 % du volume. Comment l’interpréter ?
Le très haut de gamme existe toujours, mais il est désormais réservé à des produits qui justifient réellement leur statut : un âge, une rareté, une dégustation exceptionnelle.
À l’inverse, les produits positionnés comme haut de gamme uniquement par le marketing ou le packaging rencontrent davantage de difficultés.

Le marché distingue-t-il désormais mieux la “vraie” et la “fausse” rareté ?
Oui, c’est au cœur de la normalisation. Les bouteilles qui reposent sur une rareté artificielle ou mal documentée peinent à performer. À l’inverse, les produits dont l’histoire, la traçabilité et la production sont claires continuent de susciter de l’intérêt.

Les distilleries fermées, comme Caroni, restent très recherchées. Pourquoi ?
Elles incarnent une rareté irréversible. Il y aura toujours un avant et un après leur fermeture. Cela attire à la fois des collectionneurs historiques et de nouveaux acheteurs qui y voient une opportunité d’accéder à des stocks limités.
Dans le cas du rhum, cette dynamique a été renforcée par un travail de transparence et de structuration du marché, qui a permis de créer de la confiance.

La Chartreuse affiche le prix moyen le plus élevé du baromètre. Comment expliquer ce phénomène ?
C’est un produit à la fois exceptionnel dans sa fabrication et chargé d’histoire. Sa disponibilité est limitée, et une partie des bouteilles n’est pas consommée, ce qui accentue la rareté.
Il y a aussi une dimension culturelle et patrimoniale forte, qui élargit son attrait au-delà du cercle des amateurs de spiritueux.

Le rhum reste-t-il une catégorie émergente ?
Il présente encore des caractéristiques d’un marché émergent. Il a connu une hausse rapide, parfois excessive, avec des produits dont la valeur n’était pas toujours justifiée.
Mais sur des références bien documentées, avec une vraie identité et une traçabilité claire, le potentiel reste important.

Cognac et armagnac peuvent-ils suivre la même trajectoire ?
On observe un intérêt croissant pour des embouteillages anciens, notamment en single cask ou avec des profils atypiques.
Certains acteurs, parfois issus du whisky, appliquent à ces catégories des codes de lecture similaires, ce qui peut favoriser leur développement.

Le marché est-il devenu plus sélectif sur le whisky japonais ?
Oui, clairement. Les références emblématiques conservent une forte attractivité, mais les nouvelles sorties sont davantage scrutées.
Certaines éditions récentes, proposées à des prix élevés, ne trouvent pas forcément leur place sur le marché secondaire, sauf cas particuliers.

Quel rôle jouent aujourd’hui les embouteilleurs indépendants ?
Ils permettent aux acheteurs d’accéder à des profils différents, sans payer le poids de la marque ou du marketing.
Ils offrent souvent des sélections plus pointues, issues de fûts spécifiques, avec une approche qui se rapproche davantage du produit que de l’image.

Le baromètre évoque un marché “latéral” pour 2026. Que faut-il comprendre ?
Il s’agit d’un marché qui se stabilise. On ne s’attend pas à un rebond rapide, mais plutôt à un repositionnement sur des bases plus saines.
Les excès des dernières années vont progressivement disparaître, et le marché devrait continuer à fonctionner de manière plus équilibrée.

Quels signaux permettront d’anticiper une reprise ?
Il faudra observer le repositionnement des prix, la qualité des nouveaux embouteillages et la capacité du marché primaire à proposer des produits pertinents pour le second marché.
La présence de collectionneurs prêts à remettre sur le marché des bouteilles anciennes sera également un indicateur important.

Dans un contexte de concurrence avec d’autres actifs, comment les spiritueux rares restent-ils attractifs ?
La rareté reste le facteur déterminant. Un single cask, par exemple, représente quelques centaines de bouteilles.
À cela s’ajoute un élément spécifique : une bouteille ouverte disparaît du marché, ce qui réduit mécaniquement l’offre au fil du temps.

Pour un collectionneur aujourd’hui, quelle est la bonne grille de lecture ?
Le meilleur repère reste d’acheter des bouteilles que l’on a envie de boire.
Dans un marché redevenu cyclique, cela permet de conserver du sens dans l’achat : même si la valeur ne progresse pas, le plaisir reste intact.

La prochaine vente FSA a lieu depuis le 22 mai et jusqu’au 12 juin. Chacun peut proposer des bouteilles à la vente ?

Effectivement tout un chacun peut nous soumettre une bouteille ou liste de bouteilles pour que celle(s)-ci soient présentée(s) à la vente sur FSA.

Notre service d’estimation est gratuit et réactif et notre équipe est disponible pour toute demande à l’adresse vendeur@finespirits.auction comme par téléphone au 06 72 00 58 81.

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