Début octobre, terminus, tout le monde descend! Et cette année, la descente post-WLP se fait dans la douleur tant le millésime 2025 nous a fait du bien à tous et à toutes. Quelles leçons en tirer?
Tout le monde vous le dira – cavistes, distributeurs, producteurs… –, l’année 2025 s’avère « compliquée » dans les spiritueux. Et dans ce monde qui a copyrighté l’euphémisme, je vous laisse imaginer la panique qui se dessine derrière l’adjectif « compliqué ». Les amateurs peuvent le confirmer en observant leur pouvoir d’achat plus plat que l’attaque d’un blend rangé à ras du carrelage dans un hyper.
Autant dire que, dans ce contexte, on l’attendait, le Whisky Live Paris ! On l’attendait comme le baromètre qui dessinerait les contours de la dépression (et, accessoirement, l’arrivée de l’anticyclone) tout autant que la boussole capable de nous pointer dans la bonne direction.
Les premières réponses sont encourageantes, et on le voyait aux sourires affichés au 3e jour des retrouvailles sous la Grande Halle. Si la 21e édition du WLP accueillait une poignée de stands en moins (à peine -5% à la louche), elle a en revanche enregistré une nouvelle hausse de la fréquentation: +10%, soit quelque 24.500 visiteurs, contre 22.500 l’an passé.
1. Vous êtes venus en nombre…
… Et ce n’était pas écrit d’avance, dans le contexte décrit précédemment. Vous étiez 24.500 à godiller entre les stands sous la Grande Halle: 8.000 le samedi, 6.800 le dimanche et 9.700 le lundi pour la journée pro. Tandis que la Cocktail Street et sa cinquantaine de bars éphémères, de leur côté, régalaient 32.000 fêtards et mixo addicts (contre 30.000 en 2024), tout en leur égrugeant les tympans au gros son. Comme le résumait un producteur de whisky français : « Ça fait plaisir de voir autant de monde, surtout en ce moment ! »
La leçon est claire : l’engouement pour les spiritueux ne faiblit pas, tant que les amateurs et les professionnels ont la certitude de goûter le meilleur, d’étancher leur curiosité, d’emprunter les itinéraires capables de les émouvoir et de les étonner.
2. L’Écosse réduit la voilure
Les géants du scotch se sont fait plus discrets. Ils étaient certes présents à la Villette, mais sur des surfaces plus modestes qui tranchaient avec l’euphorie des dernières années, ou en se partageant les stands à plusieurs marques. D’où une impression de flottement au nord du mur d’Hadrien.
3. Un public de qualité
Quelle que soit leur zone géographique, les producteurs que j’ai sondés sont unanimes : le public du WLP (oui, je parle de vous) – tout comme l’événement lui-même – n’a pas d’équivalent dans le monde. « Ce sont des amateurs qui connaissent le whisky, qui suivent les distilleries qu’ils apprécient, s’intéressent aux méthodes de production, à la qualité du liquide et posent des questions souvent assez pointues », pour résumer le son de cloche général.
4. Le Pavillon France submergé
En cédant du terrain sous la Grande Halle, le scotch a fait un énorme cadeau au whisky français, qui s’est emparé de l’espace en y plantant 27 stands (hors TAG). Lesquels n’ont pas désempli. Les visiteurs ont pu mesurer de la langue l’extraordinaire diversité des liquides maltés nationaux.
Au-delà du whisky, c’est tout un patrimoine liquide qui était mis à l’honneur, sur le plateau comme à l’espace VIP – 57 maisons françaises au total –, avec une présence encore accrue du cognac ou de l’armagnac. Les amateurs de single malts sont nombreux à diversifier leurs plaisirs, et cela ne passe pas inaperçu de ces producteurs.
5. Mes moments forts du Whisky Live
• Je ne sais pas si l’on mesure à quel point cet événement était puissant: pour la première fois dans l’histoire, 7 producteurs de whisky japonais (Akkeshi, Chichibu, Kanosuke, Kirin, Mars, Nikka, Suntory) se sont réunis autour d’une table ronde animée par Dave Broom pour discuter de l’avenir de la catégorie, et en particulier de son encadrement législatif. Un moment fort, sur lequel nous reviendrons bientôt.
• C’est dans l’auditorium en sous-sol de la Grande Halle que Gordon & MacPhail a dévoilé en avant-première mondiale le Glenlivet 85 ans « Artistry in Oak », élevé en butt de xérès. Une merveille de fraîcheur aux notes d’encens, de fruits tropicaux, d’agrumes et de zestes, où le tabac enlace la poussière de chêne. Ne nous leurrons pas : seule la maison d’Elgin est capable d’embouteiller ces très, très vieux comptes d’âge pour en révéler la beauté. Bon, il nous a été interdit de prendre des photos de la carafe pour cause d’embargo jusqu’au 2 octobre. Nous y voilà : je n’ai rien à vous montrer. Fermez les yeux, imaginez.
La Tomates (au pluriel, car elles sont près de 300 variétés dans la bouteille) de Cazottes, on en parle ? Et la Poire de Roulot, « vinifiée » telle un vin ? Le carré des eaux-de-vie de fruits du VIP réservait d’exceptionnels moments de dégustation, j’en frémis encore.
Il avait imposé l’éventail il y a quelques années, et voilà que Serge « Moustache » Valentin, l’influenceur des influenceurs, l’initiateur des tendances, a fait du mini-spray la star du « Live 2025 ». Quand la dose de whisky servie au fond du verre s’avère trop mince pour être diluée, il vaporise une fine brume d’eau à la surface du liquide ambré afin d’en exprimer toutes les facettes – une histoire de surface de tension. De l’art de rendre indispensable l’accessoire.
• On ne saurait boucler 3 jours de WLP sans une halte au guest-bar choisi par Nikka: cette année, le Bee’s Knees de Kyoto. Et là… Oh. My. God. Le Dirty Dashi Martini et son tourbillon de saveurs vous emmène ailleurs, très loin, très haut. Coffey Vodka et Coffey Gin Nikka, Noilly Prat sec, Cocchi Americano, fondus sur le dashi, la solution saline, une goutte d’huile de wasabi… et une brume de yuzu (ah, le vapo !). Une merveille.
• Certains parmi vous n’ont pu récupérer le numéro de Whisky Magazine tout juste imprimé et distribué au WLP : pas assez d’exemplaires pour satisfaire la demande, vous étiez trop nombreux. Ma reco : abonnez-vous ! Il vous en coûtera le prix d’un petit blend pour vous perfectionner sur la technique, vous plonger dans l’histoire, repérer les bonnes adresses. Et voyager vers tous les horizons maltés. RDV en septembre prochain? Même lieu, même week-end.



