Alors que l’été s’annonce particulièrement chaud, il est peu probable que l’heure soit aux dégustations de whiskies bruts de fût dans un fauteuil club, ni même au whisky sec servi à température ambiante. Pourtant, il n’est pas question de laisser vos bouteilles prendre la poussière en attendant le retour des premiers frimas de l’automne. Il existe une manière simple, rafraîchissante et parfaitement adaptée à la saison de continuer à profiter de vos whiskies préférés.

Exit donc les verres de dégustation concentrant les arômes les plus puissants, et même le classique « on the rocks ». Lorsque le mercure grimpe, place au highball !

Loin d’être une mode récente ou une tendance issue de quelques barmans avant-gardistes, cette préparation simple et désaltérante s’inscrit dans une longue tradition de consommation du whisky. Plus qu’un cocktail, le highball marque un retour à un usage historique du spiritueux : léger, rafraîchissant et parfaitement adapté aux journées estivales.

Un mode de consommation historique

L’alliance du whisky et de l’eau gazeuse s’est historiquement structurée en France à travers trois grandes époques.

Dès 1936, la campagne publicitaire « Barman, un whisky Perrier ! » de la célèbre marque à la bouteille verte lance la tendance. On célèbre alors une alliance où « le whisky apporte sa chaleur et son bouquet » tandis que l’eau pétillante offre « sa fraîcheur et la légèreté de son gaz naturel ». La publicité ajoute même que « tout maître de maison sera fier d’offrir à ses invités un whisky-Perrier ».

Puis, bien avant de conquérir les salons de la bourgeoisie métropolitaine, ce mélange s’impose comme le rituel rafraîchissant par excellence des fonctionnaires et militaires dans les colonies. L’écrivaine Marguerite Duras a immortalisé cette pratique dans ses récits, notamment dans Un barrage contre le Pacifique, où le service du « whisky-soda » ou du « Martell-Perrier » apparaît comme un intermède incontournable de la vie quotidienne des expatriés.

Enfin, durant les Trente Glorieuses, ce long drink s’installe au cœur des salons comme un marqueur de l’art de recevoir. Il s’invite également sur les écrans dans des comédies devenues cultes. Dans Le Cave se rebiffe (1961), les dialogues de Michel Audiard tournent en dérision ce rituel lorsque le personnage incarné par Maurice Biraud vide une bouteille entière de Perrier dans son whisky, affirmant avec humour la préférence d’une eau bien nationale face à l’invasion des colas américains qui finiront pourtant par s’imposer. Car, rappelons-le, si la France consomme près de 200 millions de bouteilles de whisky par an, une part significative d’entre elles est aujourd’hui diluée dans le cola, lequel n’a pas toujours la délicatesse de respecter les arômes du spiritueux. Un peu plus tard, dans Les Tontons flingueurs (1963), la question classique du service « sec ou à l’eau ? » devient le terrain d’un choc des générations entre truands traditionnels et jeunesse mondaine.

Le Japon, gardien de la tradition

On peut toujours faire confiance aux Japonais lorsqu’il s’agit de préserver certaines traditions. Après tout, Yoichi est probablement plus écossaise que bien des distilleries écossaises elles-mêmes, tant elle a pris soin de conserver des méthodes de production traditionnelles là où une grande partie de l’industrie s’est progressivement industrialisée.

Si le whisky allongé à l’eau pétillante n’est plus vraiment au goût du jour en Europe, ce mode de consommation n’a jamais totalement disparu au Japon. Il a même connu un spectaculaire regain de popularité au début du XXIe siècle sous l’appellation « Highball ».

Dès le milieu des années 1950, Suntory — alors connue sous le nom de Kotobukiya — popularise cette consommation grâce aux 35 000 « Torys Bars » déployés à travers l’archipel. En 1972, la marque lance l’opération « Nihonbashi Sakusen » (« Opération Baguettes ») afin d’imposer le whisky à table, consommé en highball ou en mizuwari (allongé d’eau plate). Le succès est colossal : les ventes du blend Suntory Old passent d’environ un million de caisses en 1970 à douze millions en 1980, rivalisant alors avec celles des plus grandes marques mondiales. Après une période de désaffection, une campagne de relance magistralement orchestrée par Suntory en 2008 a définitivement réinstallé le highball comme un pilier incontournable de la culture contemporaine des bars japonais.

Pour renouer avec cette tradition, voici trois highballs très différents qui vous permettront de continuer à profiter du whisky tout au long de l’été.

Pour les amateurs de balades en bord de mer

Optez pour un Armorik Classic Highball. Pionnier du whisky français, issu d’orge biologique et élevé à 100 % en fûts de bourbon, il offre un profil maritime dont les notes délicatement salines se révèlent magnifiquement sous l’effet des bulles. Elles s’accompagnent d’arômes de poire juteuse, pour une sensation immédiate de fraîcheur côtière.

Pour les amateurs de tourbe

Tournez-vous vers l’Artesia Tourbé. Ce single malt français, élaboré à partir d’une orge tourbée d’origine écossaise, distillé en double passe sur un alambic Holstein et vieilli en ex-fûts de bourbon, se prête admirablement au jeu de la dilution. Allongé d’eau pétillante, il s’éloigne des tourbes massives et démonstratives pour dévoiler des notes fumées et minérales d’une grande finesse. Celles-ci évoluent ensuite vers des saveurs d’agrumes rafraîchissantes, relevées d’une touche gourmande de chocolat noir.

Pour les amateurs de café glacé

Essayez le Third Eye 113 EBC, un whisky innovant reposant sur des malts intensément torréfiés et un élevage en fûts de chêne blanc américain. En highball, ce profil atypique libère des arômes profonds de café grillé, de moka et de cacao, subtilement adoucis par une note vanillée. Le résultat évoque de façon étonnante un expresso frappé pétillant.

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