Un an après avoir adopté le statut d’entreprise à mission, le groupe lyonnais Ninkasi publie son premier rapport de mission et détaille une série d’indicateurs sur son exercice 2025. L’occasion de resituer sa distillerie de Tarare, où naissent ses whiskies single malt, dans une trajectoire d’entreprise qui revendique la RSE comme un levier de compétitivité plutôt qu’une contrainte.

Ninkasi n’est pas seulement une brasserie devenue distillerie. Depuis juin 2025, le groupe lyonnais porte le statut d’entreprise à mission, et il en tire aujourd’hui un premier bilan. Publié le 11 juin 2026, ce rapport de mission dresse l’état des lieux des actions menées sur l’exercice écoulé, des résultats obtenus et des recommandations formulées par un Comité de Mission indépendant chargé d’en vérifier la cohérence.

Les chiffres avancés dessinent une entreprise qui avance sur plusieurs fronts à la fois. Sur le plan environnemental, 71 % des boissons Ninkasi obtiennent désormais un Planet-Score® A ou B, et 98 % des déchets et sous-produits de la brasserie-distillerie sont revalorisés. Côté social, 8 % des collaborateurs sont en situation de handicap, au-delà de l’objectif que s’était fixé l’entreprise. Sur le terrain culturel, 760 concerts et DJ sets ont animé les établissements du groupe en 2025, et treize associations culturelles et sociales ont bénéficié du soutien du Fonds de dotation Ninkasi. La carte food n’est pas en reste : 26 % des ventes portent désormais sur des produits d’origine végétale.

« Ce premier rapport de mission est avant tout un exercice de transparence. Il nous permet de mesurer nos avancées, d’identifier nos axes de progrès et de partager de manière concrète les résultats de nos engagements », résume Christophe Fargier, président-fondateur de Ninkasi. Le Comité de Mission, de son côté, salue la cohérence entre la raison d’être affichée par l’entreprise et les actions engagées, tout en l’encourageant à aller plus loin sur les achats responsables et la sensibilisation des équipes à une consommation raisonnée.

Le fondateur assume une lecture qui dépasse le seul exercice de reporting. « La RSE n’est pas un coût de conformité : c’est notre avantage compétitif le plus durable. Nous n’avons pas construit une stratégie RSE. Nous avons construit une entreprise, et notre manière de la construire est ce que d’autres appellent aujourd’hui RSE », affirme-t-il. Une formule qui résume assez bien la philosophie maison, revendiquée depuis la création du groupe en 1997.

Un modèle né à Lyon, une distillerie née à Tarare

Ninkasi, c’est d’abord l’histoire d’un pari lancé par Christophe Fargier, de retour des États-Unis où il a découvert avec son ami Kurt les micro-brasseries américaines. En 1997, il ouvre à Lyon le premier établissement Ninkasi, associant bières artisanales, restauration et concerts. Le groupe compte aujourd’hui 26 établissements en France, 200 salariés et a réalisé 23 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 — auxquels s’ajoutent, selon l’étude d’impact territorial menée avec IN France, 310 emplois directs, indirects et induits, et 88 % d’achats réalisés en France.

La bascule vers le whisky s’est faite naturellement, tant les deux productions partagent leurs matières premières : orge maltée, levure et eau. La distillerie s’installe à Tarare, dans le Rhône, où l’eau — parmi les plus douces de France — se prête aussi bien au brassage qu’à la distillation. La production de spiritueux y démarre en 2015, sous la houlette d’Alban Perret, maître-distillateur formé à l’Institute of Brewing & Distilling d’Édimbourg. Vigneron d’origine, il sillonne les régions viticoles françaises pour sélectionner les fûts qui accueilleront ses distillats, et travaille son whisky à partir d’un wash issu directement de la brasserie Ninkasi.

En 2023, la distillerie s’équipe de deux nouveaux alambics signés Honoré, dotés d’une technologie de distillation à basse température : sous vide d’air, l’ébullition s’y opère à 37°C plutôt qu’à 80°C, ce qui réduit la consommation d’énergie et préserve des arômes sensibles à la chaleur. Cette double culture — outils traditionnels et innovation technique — irrigue toute la gamme de whiskies Ninkasi, du New Code gourmand et fruité, vieilli en ex-fûts de Chardonnay, de Viognier et de chêne français, au Manifesto plus épicé, qui finit sa maturation en ex-fûts de Pineau des Charentes. S’y ajoutent la gamme Vendanges, un single malt millésimé dévoilé chaque septembre après un élevage en fûts de vin français, et la gamme Lab, terrain d’expérimentation confidentiel d’Alban Perret consacré aux single casks.

Une croissance qui dépasse le seul whisky

Cette diversification spiritueuse s’inscrit dans une trajectoire de croissance plus large. En 2024, Ninkasi a triplé sa capacité de production de bières, passant de 40 000 à 120 000 hectolitres grâce à une nouvelle fabrique installée à Tarare, livrée en 2023 et pleinement opérationnelle depuis juin 2024. Un mois plus tôt, en novembre 2023, le groupe avait scellé un partenariat de distribution nationale avec IBB (International Beers & Beverages) pour ses bières en grandes et moyennes surfaces, tout en conservant la distribution directe sur son territoire historique d’Auvergne-Rhône-Alpes.

C’est dans ce même mouvement que s’inscrit la démarche Planet-Score®, engagée dès 2022 : 93 % de la gamme de bières et de whiskies Ninkasi est aujourd’hui évaluée par cet outil de notation environnementale, avec 25 % de produits notés A, 54 % notés B et 18 % notés C. L’ambition affichée est d’atteindre au minimum la note B pour l’ensemble des produits d’ici 2030 — un horizon qui coïncide avec l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 43 %, fixé en 2021 et déjà atteint à hauteur de 15,2 % selon les données communiquées par l’entreprise.

Reste que ce premier rapport de mission ne prétend pas clore un chapitre. « Être entreprise à mission n’est pas un point d’arrivée. C’est un cap. Et nous continuons d’avancer », conclut Christophe Fargier. Pour la distillerie de Tarare, cela signifie continuer d’associer l’élevage patient de ses single malts à une comptabilité de plus en plus précise de son empreinte environnementale — une équation que peu de distilleries françaises affichent avec un tel luxe de détails chiffrés.

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