C’est l’un des événements de la rentrée spiritueuse : la présentation du catalogue créations de La Maison du whisky. La cuvée 2027, Anthologistes, marque en outre le 70e anniversaire de LMDW, comme une promesse – tenue ! – d’exception.
Le point de départ, c’est le « projet Artist Nikka Whisky », lancé dans les coulisses du WLP 2025 : la sélection de 8 échantillons d’exception parmi 30, de Yoichi et Miyagikyo. Pour prendre la mesure de cet événement monstre, imaginez qu’aucune des deux distilleries n’avait livré de single cask depuis 2015.
Et quels single casks ! Les plus vieux jamais embouteillés, avec 2 comptes d’âge de 40 ans, un Yoichi de 35 ans à la robe noire comme l’encre, un Miyagikyo de 25 ans… Des liquides rares et précieux. Et dans les mois qui suivirent le défi ne cessa de se complexifier.
La bouteille de la gamme Artist diffère de celles de Nikka, les bouchons également, certitude de vivre une vraie galère sur la chaîne d’embouteillage. Sachant que le moindre fût unique perd 30 litres lors de la manœuvre, les Japonais ont préféré procéder à la main, bouteille par bouteille… ce qui n’a pas empêché le Yoichi 40 ans de se faire essorer : 39 bouteilles à l’arrivée au lieu des 50 espérées.
L’habillage, ensuite, confié à l’artiste photographe Yoshiki Hase, qui a déployé dans les distilleries ses installations pour mieux en capturer l’essence. Les happy few invités à la projection-dégustation du making of à l’auditorium de la Villette, en marge du WLP, apprécieront la poésie du moment.
Jamais la dimension « art et spiritueux », qui signe depuis quelques années les catalogues création, n’avait été poussée à ce point. « Garanti zéro IA, 100% humain », insiste Thierry Bénitah, PDG de LMDW. Une sélection pointue d’artistes, illustrateurs, photographes, peintres, designers…, attirent l’œil autant que les liquides.
« Un catalogue, ce n’est pas 190 produits mais 190 créations, 190 défis, 190 histoires et autant d’amitiés, souligne Thierry Bénitah. Tout se fait en marchant, à partir d’une idée, d’une intention. A mesure qu’on avance, des portes se ferment, d’autres s’ouvrent, cela rend le chemin plus excitant. J’ai adoré faire Anthologistes ! »
Parmi les « gros coups », saluons la naissance de Lamaison (dont je vous parlais [https://www.whiskymag.fr/scoops-news-100-whisky-francais/] il y a quelques jours, le nouveau whisky français de LMDW, un small batch issu de liquides produits sur 3 décennies, 3 céréales et 11 alambics.
Le choc devant les œuvres « spatiales », hypnotiques de Kazumasa Nagai, l’un des grands noms du design japonais, qui habille 4 single casks de Chichibu – buveuse d’étiquette, moquez-vous! L’artiste est décédé au milieu du projet, mais ses fils ont poursuivi la collaboration. Bonus : un Chichibu 6 ans mizunara ouvert au bar Golden Promise, à Paris.
Enorme également la présence de Neisson dans la gamme Artist. La petite distillerie de rhum martiniquaise a toujours dit non au négoce, non à toute autre bouteille que sa zépol karé. Et un jour, grande première, Neisson a dit oui. Oui à 5 éditions limitées logées dans la black bottle de Velier, illustrées d’un spectaculaire bestiaire imaginé par Griboulliz, une artiste martiniquaise installée à Montréal.
Réjouissante, la séquence autour de West Indies, principal producteur de rhum à la Barbade, dont on retiendra particulièrement les premières gouttes d’un mythique alambic, le Rockley. La marque Stade’s poursuit là l’exploration de l’exceptionnelle batterie de cuivres installée dans sa distillerie.
Retour au whisky, car Anthologistes invite à tourner les pages dans tous les sens, en convoquant les 5 sens (salive aux lèvres) : OMG, un Mortlach 50 ans 1975 refill sherry butt sélectionné chez Gordon & MacPhail. « On en est tombés amoureux, confie Thierry Bénitah. Et le Scapa, j’ai adoré ! » Scapa 2000 refill sherry hogshead, 25 ans, indeed.
Une feuilletée de pages plus loin, voici un « vrai » Laphroaig, non teaspooné. Vintage 2007, 18 ans, bourbon barrel, brut de fût : dans l’ombre de l’inoubliable 1974 sorti pour les 50 ans de LMDW ? « Les prix continuent à baisser, observe le patron de La Maison. La crise nous ouvre des portes – c’est son seul bon côté. Un Laphroaig 18 ans cask strength, 140 bouteilles seulement, à 330 € environ, on n’avait pas vu cela depuis longtemps. »
Côté français, « on » me dit que l’Armorik 18 ans Antologiez (en breton), small batch sauternes/sherry oloroso, 58,8%, robe noire comme les abysses, est « une bombe atomique ». Alors…
Et puisqu’il faut faire des choix, retenons une nouvelle gamme de négoce lancée par LMDW : Cognac Syndicate. Encore un projet dingue, qui a mobilisé 17 maisons de cognac en un laps de temps record. « On a appliqué les règles du négoce de whisky ou de rhum: 99% des versions présentées sont uniques, spécifiques, brutes de fût ou moins diluées. Cela permet de mesurer la diversité insoupçonnée du cognac. »
Et si je vous laissais feuilleter, et siroter de vos yeux Anthologistes?



