Bon sang qu’il faisait du bien au cœur, aux egos, au moral, ce WLP ! Je développe ? Allez.

Jamais Whisky Live Paris (WLP) n’aura été aussi attendu ! Il faut dire que l’événement phare du monde des spiritueux arrivait en clôture d’une année très morose – hashtag UnderstatementDeLaLitote. Son succès a donc été salué avec une joie communicative, teintée de soulagement : ouf, les amateurs, les connaisseurs et les curieux ont massivement répondu présent.

Mais une fois ce constat constaté (oui, parfaitement, je constate des constats, jugez-moi, et n’hésitez pas à screener cet article sur Pangram), de quoi le WLP 2026 était-il le nom ?

Comme chaque année, j’ai tenté de recueillir les impressions de l’organisateur, Thierry Bénitah, patron de LMDW. Qui comme chaque année m’a répondu qu’il n’était pas le mieux placé pour analyser les choses. Avant de lâcher : « J’ai trouvé qu’une bonne énergie circulait. Je ne suis pas quelqu’un de pessimiste, et je pense que si tu envoies du positif, tu reçois du positif en retour. Surtout en ce moment. » Ma prof de yoga n’aurait pas mieux dit.

Mais les mots « énergie » et « positif » sont à vrai dire très souvent revenus dans les témoignages des visiteurs comme des producteurs. [Post-It : attaquer la rédaction d’un manuel de développement personnel par les spiritueux.]

Le WLP, baromètre des tendances

Tous étaient bien conscients qu’en période de crise et de doute, réunir autant de monde autour d’une programmation aussi riche n’était pas écrit d’avance.

Ouvrons nos chakras. En baromètre XXL des tendances, l’édition 2026 du WLP confirme l’appétit du public pour les maisons françaises : cognac (en opération reconquête), armagnac, calvados, liqueurs made in chez nous, dispersés sur une multitude de petits stands battant Pavillon France, ont fait le plein.

Mais c’est le whisky français qui s’imposait en leader incontesté à la Villette. La catégorie, qui s’organise et se dote d’une Indication géographique, confirme ses positions. Marques et distilleries ont désormais trouvé leur place et surtout leur public, chaque année plus nombreux.

Le samedi, il était virtuellement impossible d’approcher un stand de whisky français sans jouer des coudes tout en se protégeant les côtes flottantes. Pour la première fois, plus d’un amateur avouait venir sous la Grande Halle pour vivre avant tout (voire uniquement) l’expérience French malt.

Le public rajeunit, ou c’est moi qui vieillis ?

Ces mouvements de foule qui ont boosté les egos et patemouillé les morals en berne ne font pas oublier que la situation reste fragile pour nombre de producteurs. Mais la variété des propositions françaises, tant en matière de céréales que de fermentations ou d’appareils de distillation, et la richesse de la production donnaient à voir un univers unique.

Il m’a semblé également que le public rajeunissait – mais c’est peut-être parce que mon âge ressenti après 3 jours de WLP frôle les 385 ans et demi. [Post-It : l’année prochaine, porter des bas de contention ? A voir.]

La fréquentation aux stands de whisky français appelait forcément la comparaison avec l’Ecosse. Plusieurs grands noms du scotch avaient fait l’impasse sur le Live cette année. Et, la nature ayant horreur du vide, le whisky français a aspiré la foule.

Discrétion ? Prudence ? Attentisme ? L’Écosse réduit la voilure, et perd un peu sa voix. Non pas dans les ventes, mais dans la bataille de l’image, dans l’écosystème de prescription qui gravite en cercles larges autour du WLP. Il n’est pas impossible que cela se paie cash.

RIP le bullshit et le WTF

Un mot de l’espace VIP, littéralement pris d’assaut malgré la chaleur suffocante : dans ce segment, le scotch, et en particulier le négoce, aimante toujours les connaisseurs. D’autant que les prix dévissent. [Post-It : l’année prochaine, venir avec un éventail ?]

En revanche, le « whisky du monde » devient intercalaire. Seul Kyrö tire son épingle du jeu (j’y reviens). Reste le Japon : on a beau parler de désamour et de déception, le whisky nippon continue à parler aux amateurs et à appeauter (comme appâter mais avec un appeau) les curieux – les masterclasses en fournissent la preuve. Surtout, l’Archipel profite d’un nouvel engouement pour le saké, qui a trouvé sa place au centre du jeu.

Au-delà de la géographie des spiritueux, le WLP 2026 enterrait l’ère du bullshit et du WTF. Finis les embouteillages nawak-tu-l’as-goûté-mon-finish-en fût-de-diesel? Nan, il coûte une blinde à la pompe.

Bye bye les stands ésotériques, les immersions dans les brumes ou la fumée, les grandes opérations marketing vides de sens des années fastes : le max des effets spéciaux se trouvait chez la team Kyrö, venue avec son sauna assurer le spectacle pieds nus et en peignoirs (tout ça pour transpirer sous les projecteurs !).

On est passés du latex au peignoir

Dites-vous bien qu’en dix ans à peine nous sommes passés du happening Dictador en cuir et latex… à la sortie de bain-claquettes éponge : l’époque se retourne plus vite qu’un politique en campagne. Bref.

Place au contenu désormais, à la substance. A mesure que le portefeuille du consommateur rétrécit comme peau de ouin-ouin, son exigence augmente. Il en veut pour son billet, y compris au WLP, si possible servi avec une histoire et une philosophie cohérentes avec le produit.

Plus important, le Live 2026 prouve que derrière le catastrophisme ambiant, l’offre spiritueuse et l’intérêt du public ne s’essouffle pas. Y compris dans les catégories chahutées, telles le rhum, où la Gallery vibrait cette année d’une énergie renouvelée.

Après… il appartient à chacun, producteurs, marques, amateurs, d’entretenir un carré du grand jardin pour garder en vie ce bien commun : la convivialité, les moments de joie partagés autour d’un verre dans lequel virevolte un beau liquide. [Post-It : me mettre au yoga.]

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