Vous avez survécu à l’été? Heureusement que la rentrée spiritueuse va se charger de nous remettre sur pieds. Jugez-en plutôt avec ces nouveautés maltées made in chez nous, dont la plupart seront à découvrir au Whisky Live Paris.

Vous vous souvenez de cette époque où l’on moquait à l’envi les comptes d’âge, ces « marqueurs du passé qui bornent la créativité » (je résume) ? Bon, les stocks ont gentiment grossi dans les chais, et atteignent désormais un nombre d’années de vieillissement suffisamment flatteur pour qu’on l’appose fièrement sur l’étiquette.

Moyennant quoi, les comptes d’âge se multiplient en France, et c’est une bonne nouvelle, une étape importante, un premier pas vers la maturité. Cap sur la Bretagne : LA MINE D’OR intègre un Galaad Origine 8 ans à sa gamme, tandis qu’ARMORIK annonce le 2e batch de son 18 ans.

POINTE BLANCHE, le single malt charentais, libère lui aussi un compte d’âge de 8 ans. Le lorrain ROZELIEURES, qui dans sa gamme permanente décline des comptes d’âge depuis la rentrée 2025, présente cette fois un single cask 8 ans brut de fût de moscatel.

Last but not least, ÉVADÉ, distillé chez Hepp, enrichit sa foisonnante gamme permanente d’un 10 ans. Lequel HEPP avait récemment allongé un Tharcis 11 ans entre ses 13 et 15 ans.

Battle sanglante autour des âges

Je vous invite à lire dès sa parution le prochain WHISKY MAG (abonnez-vous si ce n’est fait), où une battle m’oppose à Matthieu Acar (LMDW, auteur d’Une brève histoire du whisky français chez Flammarion) sur – entre autres – cette question des âges. Warning : c’est sanglant !

A part ça ? ARMORIK liquide son Classic et son Double Maturation (faites des réserves), pour accueillir Men Ruz (« roche rouge » en breton, expression qui donne son nom à un phare de la côte de Granit rose), un NAS (vous voyez, il en reste) introduction au savoir-faire de la distillerie de Lannion. Bio, couleur naturelle, non filtré à froid, le petit nouveau est embouteillé à 43%, et caresse le portefeuille dans le sens du cuir (39€).

Le pionnier du whisky français en profite pour repackager toute sa gamme, avec un nouveau logo. Retour à LA MINE D’OR, qui inaugure au Whisky Live Paris la collection Perceval avec Tourbe N°1 (530 bouteilles).

Vive les Bretons !

Que serait le whisky français sans les Bretons ? Je vous le demande. LA DISTILLERIE DES MENHIRS fête ses 40 ans en associant dans son Eddu 2 matières emblématiques de son histoire : le blé noir et la pomme. La cuvée Héritage a donc été affinée en fûts de ce pommeau si cher au regretté fondateur, Guy Le Lay.

L’un des événements de la rentrée, c’est la sortie d’un whisky pas comme les autres signé LMDW et présenté dans un flacon très original. LAMAISON (en un seul mot) est un « whisky de pays », élaboré sur 3 céréales maltées (blé, orge, seigle), distillé sur 11 alambics au cours de 3 décennies.

Le pitch ? Imaginer la France comme une seule grand distillerie capable de produire dans une folle diversité tout un patrimoine de whiskies. C’est une tuerie (je l’ai goûté), proposée à moins de 50€, et il faudra faire fissa pour en toper une quille.

Chez FONTAGARD, le nouveau single malt à rejoindre la gamme permanente se dote pour la première fois d’un nom que vous pourrez prononcer sans l’éternuer : ORGE 9922-4. Issu d’une orge cultivée localement, il se focalise sur la céréale, et non plus le vieillissement. Avec un effort remarquable sur le prix: 40€.

On dirait le sud

Restons dans les Charentes pour une session de rattrapage. ABK6 a présenté ses premiers whiskies à l’orée de l’été, en une période où nous étions plus occupés à scotcher des couvertures de survie aux fenêtres qu’à scruter les news booze.

Deux expressions : un 100% chêne américain (une rareté dans le whisky français) et un Small Batch Select (fûts de bourbon et de rye), auxquels doit s’ajouter un single cask à plus haut voltage. Gare à la confusion puisque les whiskies arrivent sous la même marque que les cognacs.

MILHÒC, le whisky distillé par l’armagnacais Laubade, dont je vous ai longuement parlé ici révèle une nouvelle expression : Esprit tourbé. Après un premier vieillissement, le mix maïs-orge maltée s’est offert un séjour de plus de six mois en fûts de whiskies d’Islay pour s’imprégner de notes fumées.

Après le très original Jade, petit assemblage de whiskies mûris dans 4 fûts de vière (bière et moût de raisin) sorti au printemps, TWELVE annonce un single cask ex-cognac propulsé à 53% : Aventurine. A déguster au Whisky Live Paris, où la distillerie de Laguiole tiendra un stand.

Intermède lecture

Je vous ai gardé le plus barré pour la fin : Philippe Jugé, ex-Whisky Magazine version french et l’un des cofondateurs de la Fédération du whisky de France, publie incessamment sous peu LA RÉVOLUTION DU WHISKY FRANÇAIS – VERS L’EXCELLENCE ? (Editions Apogée, 12€). Sa thèse ? Le whisky doit tout aux Français, qui l’ont d’ailleurs inventé. Na.

Un peuple aussi brillant (oui, nous), à qui l’on doit déjà la guillotine, la Béchamel, le bidet, l’aspirine, le Bic et la varinette, ne pouvait pas passer à côté de l’eau-de-vie-de-céréales-fermentée-distillée-et-vieillie (pour le nom « whisky » on a laissé faire les Ecossais, juste parce qu’ils sont bons en marketing depuis 5 siècles et histoire de les faire participer).

Trêve de plaisanterie, l’auteur de ce livre qui recrutera au-delà de son titre est indubitablement l’un des promoteurs de la première heure du whisky français, depuis une époque où ces deux mots accolés faisaient bien ricaner. Fini de rire. Bonne rentrée, on se retrouve la semaine prochaine.

Leave a Reply