Jusqu’au 2 octobre, Fine Spirits Auction propose un fût de Port Ellen distillé en février 1979, présenté en partenariat avec Diageo. La mise à prix ? Un million d’euros. Particularité de ce Cask of Distinction : son futur propriétaire pourra prolonger la maturation jusqu’au cinquantième anniversaire du whisky, en 2029. Et si vous vous laissiez tenter ?
Il ne s’agit ni d’une bouteille de collection, ni d’une série limitée, mais d’un fût entier. Fine Spirits Auction, plateforme française d’enchères en ligne de spiritueux, a ouvert le 14 septembre la vente d’un Port Ellen 1979 issu du programme Cask of Distinction, proposé en partenariat avec Diageo. Mise à prix : 1 million d’euros. Les enchères courent jusqu’au 2 octobre 2026.
Le calendrier n’est pas neutre. La plateforme, née en novembre 2020 de l’association entre La Maison du Whisky et iDealwine, dévoile ce lot à l’occasion du Whisky Live Paris.
Le fût 1145, 47 ans de patience !
Tout, dans ce lot, repose sur la traçabilité. Le fût porte le numéro 1145. Refill American oak hogshead, rempli le 15 février 1979, il affichait en juin 2026 un degré estimé à 51,4 % et un rendement projeté de 73 bouteilles. Le whisky a donc aujourd’hui quarante-sept ans, et son histoire est documentée de la mise en fût à l’estimation la plus récente – un point déterminant sur un marché où la provenance pèse autant que l’âge.
Le fût repose actuellement dans les chais de Royal Lochnagar. L’acquéreur pourra l’y laisser vieillir, s’il le souhaite, jusqu’au 16 février 2029 : le whisky atteindra alors ses cinquante ans. L’offre inclut l’accompagnement logistique, du stockage à l’embouteillage dans la gamme officielle Port Ellen Cask of Distinction.
« Les occasions de présenter un fût de Port Ellen de cette provenance et de cet âge sont extrêmement rares. Ce Cask of Distinction, distillé en 1979, possède une histoire parfaitement documentée et présente aujourd’hui une particularité supplémentaire : son futur acquéreur bénéficiera d’une dérogation lui permettant de poursuivre sa maturation jusqu’à son cinquantième anniversaire », souligne Etienne de La Morsanglière, directeur Fine & Rare de La Maison du Whisky. Une manière, ajoute-t-il, « de réunir, au même moment, patrimoine, transmission et avenir du whisky ».
Ce fût n’en est pas à sa première vente. En 2022, il avait été adjugé 875 000 £, soit environ 1,018 million d’euros. La mise à prix retenue par Fine Spirits Auction se situe donc légèrement en deçà de cette adjudication.
Le verdict de Charles Maclean
Pour Charles Mclean, la note tranche avec la réserve habituelle des fiches de fût : « Sensational! As good a Port Ellen as I have ever tasted; unusually dark and rich, hugely complex and rewarding. » Est-il vraiment nécessaire de traduire… ?
Le détail confirme l’impression. Robe ambre profond aux reflets rubis, perlage d’une finesse remarquable. Au nez, un registre franchement savoureux – salami, algues comestibles, umami – sur fond maritime : varech de laisse de mer, dunes lointaines, cristaux de sel, cordages de chanvre et toile, le tout posé sur une base légèrement fumée et discrètement boisée. Une suggestion fuyante de caramel sucré apparaît au développement ; réduit, le whisky perd en amplitude aromatique mais gagne en fumée.
En bouche, à degré naturel, la texture est huileuse et généreuse. L’attaque vibre d’épices poivrées et d’une douceur légère, avant qu’une salinité salivante n’occupe le milieu de bouche et que la fumée tourbée ne relance le mouvement épicé. Quelques gouttes d’eau rendent cette fumée plus mordante. La finale, longue et élégamment fumée, laisse une sensation mentholée sèche qui évoque le poivre de Sichuan.
« Sensational! s’exclame Charles Maclean. As good a Port Ellen as I have ever tasted; unusually dark and rich, hugely complex and rewarding. » Est-il nécessaire de traduire… ?
Port Ellen, deux siècles et une longue parenthèse
Fondée en 1825 par A. K. Mackay & Co. sur la côte sud d’Islay, la distillerie passe sous le contrôle de John Ramsay en 1836 – période durant laquelle le site participe au développement des échanges de whisky avec l’Amérique du Nord. Intégrée à Distillers Company Limited en 1925, elle connaît une longue interruption de production avant d’être remise en activité à la fin des années 1960.
Destinée pour l’essentiel à alimenter les assemblages en malt, Port Ellen cesse définitivement de distiller en mai 1983, dans le contexte de rationalisation des capacités qui frappe alors l’industrie écossaise. Les stocks constitués avant la fermeture continuent pourtant d’être élevés puis embouteillés, notamment à travers les Special Releases de Diageo : dix-sept éditions annuelles entre 2001 et 2017. C’est cette rareté organique – un stock fini, qui ne se reconstitue pas – qui a construit la valeur du nom.
En mars 2024, après plus de quarante ans d’interruption, Diageo relance officiellement la production. Le nouveau dispositif repose sur deux paires d’alambics : les « Phoenix Stills », reproduction de ceux utilisés avant 1983, et les « Experimental Stills », associées à un spirit safe permettant de fractionner plus finement les différentes parties du cœur de chauffe. La ligne de partage est nette : les whiskies issus des stocks historiques correspondent exclusivement aux distillations réalisées jusqu’en 1983, tandis que la production engagée en 2024 ouvre un chapitre distinct dans la chronologie de la distillerie.
Le fût 1145 appartient sans ambiguïté au premier de ces deux mondes.
Le lot
- Port Ellen 1979 Cask of Distinction, fût n° 1145
- Refill American oak hogshead
- 51,10 litres, nombre de bouteilles estimé : 73 (juin 2026)
- 51,4 % (juin 2026)
- Date de distillation : 15 février 1979
- Âge : 47 ans, avec possibilité de prolonger la maturation jusqu’au 16 février 2029 (50 ans)
- Lieu de vieillissement : chais de Royal Lochnagar
- Mise à prix : 1 000 000 €
- Clôture des enchères : 2 octobre 2026, sur finespirits.auction



