La crise actuelle et les mois à venir vont se transformer en bénédiction pour l’amateur de malt – et de fines gnôles au sens large. Si, si. Pour plusieurs raisons.

Portefeuille raide comme un passe-lacet, pouvoir d’achat frappé de sinistrose aigüe, industrie des spiritueux prise dans le vortex de la crise, incertitudes internationales pour le moins angoissantes, contexte intérieur incitant au repli… Je résume: tout va mal. C’est bon signe.

C’est dans les pires moments de crise que les industries se réinventent, et les spiritueux ne dérogeront pas à la règle. Voilà pour l’analyse tarte à la crème – je connais des consultants qui vous facturent pour moins que cela. Mais, en réalité, la période actuelle et les mois à venir vont se transformer en bénédiction pour l’amateur de whisky, et de fines gnôles au sens large.

Bonne nouvelle n°1: les prix commencent à baisser, et l’on nous prédit une chute plus marquée dès avril. Simple mécanisme de l’offre et de la demande, amplifié par un retour aux réalités aussi brutal que l’envolée continue et indécente des tarifs ces 8 à 10 dernières années.

Le grand retour du 12 ans

Chez Benriach, les 10 ans sont passés sous la barre des 50€, et les 12 ans à peine au-dessus. Même l’édition Smoke Season embouteillée à 52,8% dépasse à peine les 60€. Baisse également dans le très vieux: le Shades of Smoke 31 ans est lancé à pas loin de 700€, tandis que la prochaine édition de The Thirty (30 ans, donc) se placera autour de 600€ (contre 800€ pour la précédente).

Même tassement chez Glenfiddich – qui s’offre un repackaging très réussi –, mais jusqu’au 18 ans seulement. Au-delà, ça pique toujours les yeux. Chez Glenmorangie, le compte d’âge augmente sans que le prix ne suive: ainsi, l’Original est passé de 10 à 12 ans, le Quinta Ruban de 12 à 14 ans et le Nectar de 14 à 16 ans.

Les comptes d’âge, justement. Ils reviennent en force en Ecosse, et au-delà puisque Penderyn annonce la sortie prochaine de références en 12, 21 et 25 ans. A suivre: le retour en majesté du 12 ans chez tous les grands noms. 12 is the new 10 (qui disparaît), et cela va nous rappeler des souvenirs. Pour une fois que les années de plus nous rajeunissent…

La tendance à la décrue n’épargne pas les embouteilleurs indépendants. Mention spéciale à Murray McDavid, qui parvient à loger une demi-douzaine de références sous les 40 €, et à Signatory Vintage, qui devrait dévisser encore un peu plus le bouchons sur les prochains arrivages.

Les bonnes affaires du second marché

Enfin, et c’est sans doute là le plus intéressant pour les amateurs en quête de petits bijoux qui n’obligent pas à coller la joncaille au clou, les bonnes affaires se concentrent sur le second marché. Et je vous invite à éplucher l’enchère en cours (jusqu’au 13 mars) sur Fine Spirits Auction pour en avoir la preuve.

Les collectors, à la peine depuis deux ans, enregistrent une chute spectaculaire – à la hauteur des abus antérieurs. On revient aux prix pré-Covid, selon l’index de WhiskyStats, ce qui nous met gentiment le Brora 30 ans à 1.700€ au lieu de 3.200: cadeau.

La débandade est encore plus flagrante dans le whisky japonais, dont les prix ont dégringolé de 67% sur le second marché depuis leur pic atteint en avril 2022 (source Whisky Stats, chiffres arrêtés à novembre 2025). Dans la série des cartes d’Hanyu, le 2 de Carreau vendu 25.000 € il y a deux ans est parti à… 4.400 € au printemps dernier.

Les embouteillages Tsukuriwake de Suntory, mis en vente entre 500 et 750€ à leur lancement, se trouvent aux enchères dans les 300€. Seule Yoichi affiche une petite croissance tandis que Chichibu reste à peu près stable (source: Whisky Stats). On notera cependant qu’à leur sortie les nouvelles éditions restent un peu plus longtemps sur les étagères des cavistes. Ce qui nous laisse un peu plus de temps pour nous poser la mauvaise question: est-ce bien raisonnable?

L’année du rebond

Une autre raison de se réjouir cette année: les producteurs font le ménage dans leurs gammes, et se recentrent sur l’essentiel. Les finishes qui sautent le requin ont quasiment disparu des rayons. Et il semble que marques et distilleries travaillent à présent des éditions limitées qui ont du sens. On va suivre ça de près – et quand je dis « on » je veux dire « je », de rien, ça me fait plaisir.

Enfin, l’offre de whisky français s’étoffe, avec une moyenne de 20 références en caves: 1 bouteille de whisky sur 5 vendues chez les cavistes est aujourd’hui made in chez nous (chiffres: sondage Cavistes & Co). La prochaine bataille se livrera en grande distribution, et en particulier sur les blends. Wait and see.

On sent que les amateurs soignent les arbitrages à l’heure de remplir le panier, mais la demande générale, bien qu’en baisse, ne s’effondre pas. Un signe qui ne trompe pas: Dry January s’est révélé franchement humide. Mais, entre nous, quand on allume les infos en ce moment on a davantage envie d’un Old Fashioned über tassé que d’une Volvic-concombre. Non?

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