Bonne nouvelle: les eaux-de-vie françaises affrontent la crise en se retroussant les manches. Le point sur les nouveautés dévoilées au salon professionnel BeSpirits qui s’est tenu à Paris du 9 au 11 février.
BeSpirits a bien grandi. L’expérience qui avait commencé dans un coin de pavillon au fin fond du parc des expositions de la porte de Versailles, dans le cadre de Wine Paris, occupait en 2026 un hall complet proche de l’entrée. Et les professionnels qui il y a peu s’y pointaient en touristes se bousculent désormais pendant 3 jours autour des stands.
Certes, les spiritueux sont en crise; mais le vin davantage encore, ce qui allégeait un chouille la dépression dans le Hall 2.2, RDV des eaux-de-vie. « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console… », dit l’aphorisme attribué selon les sources à Montaigne, Talleyrand ou moi-même.
Oublions la crise – pour le moment du moins, car Whisky Magazine vous réserve dans son prochain numéro une longue enquête sur les stratégies mises en œuvre pour la traverser sans y laisser trop de plumes (abonnez-vous!). Et concentrons-nous sur les nouveautés, les scoops, les infos et les bruits de couloir.
J’attaque avec mon coup de cœur, pas nouveau-nouveau mais j’étais bêtassement passée à côté. Il tient en 2 syllabes entourées de soupirs de félicité: CHARBON. Dans cette petite distillerie des monts du Lyonnais, on raffole de whisky tourbé, mais on n’a pas envie de faire comme tout le monde. Pour retenir la fumée, Charbon a donc misé sur le gras, comme le saumon ou la saucisse, et produit des spiritueux à base d’un oléagineux: la graine de sésame.
Foncez sur les 3 eaux-de-vie Le Grillé (sésame torréfié), Le Fumé (torréfié et fumé à froid au bois de hêtre) et Le Brûlé (fumé à froid 24 h) – une tuerie celui-là, qui envoie la saucisse de Morteau dans les récepteurs olfactifs et s’accroche au palais pendant des plombes.
Vous connaissez ma passion pour les phénols: voici l’occasion de plonger la truffe dans le sésamol. En mixo (plein de recettes sur leur site) ou sous le tonic, une approche audacieuse de la fumée. De rien, ça me fait plaisir. Passons à présent à des choses plus anecdotiques, le whisky par exemple.
Honneur aux Français, qui ne baissent pas la garde. EDDU sort en avril une édition limitée Ed Gwenn (orge, et non blé noir) qui a fini sa vie en fûts de porto blanc. Et en juin, les druides vont se pointer à Plomelin pour accueillir en cérémonie 4 fûts taillés dans le chêne déraciné par la tempête Ciaran devant la distillerie, il y a deux ans. A suivre.
Sachez que la Distillerie des Menhirs célèbre cette année ses 40 ans d’existence (oui, il y a une vie avant le whisky): on nous promet conséquemment de belles choses pour la rentrée – nous avons le temps d’en parler, j’en garde sous le coude.
Bretagne toujours, mais du côté de Lannion. ARMORIK présente en avril The Sherry Cask Quadrilogy: 4 éditions limitées issues du même lot de distillation mais mûries intégralement, pendant 10 ans, dans différents fûts de xérès (oloroso, palo cortado, fino, PX) et enfûtées entre 50 et 52%. Miaou.
Dans l’Aubrac, TWELVE va sortir en fin d’année le premier volume d’une série de 5 single casks millésimés (en prévente) dotés pour la première fois de comptes d’âge: 8, 10 et 12 ans, dont deux cuvées 100% aveyronnaises, tissées sur une orge locale. Un 8 ans aveyronnais élevé en fût neuf puis ex-vin rouge ouvrira la voie. La suite s’égrènera au rythme d’un par an.
La tendance est à la baisse des prix, et nombre de producteurs enrichissent leur gamme d’une référence « abordable ». Charitable pensée qui évite d’envoyer direct les amateurs que nous sommes en commission de surendettement, vu qu’on a déjà claqué un rein, un œil et un bras dans la vague de premiumisation qui a précédé.
FONTAGARD s’apprête à livrer 3 nouvelles qualités disponibles en grande distribution entre 30 et 35 €, sous le nom « Distillerie Fontagard »: Terroir (sur la céréale), Cask (vieilli en fûts de vin rouge) et Fumé (comme son nom l’indique) donnent à goûter avec talent différentes facettes de la maison charentaise.
SOLIGNY, la petite distillerie champenoise équipée d’un iStill, livre une cuvée Village (41%) élevée intégralement dans ses fûts roux de whisky. Pas de chêne neuf, pas de barriques de vin: vous allez enfin sentir l’identité de Soligny dans un single malt jeune et céréalier, mais diablement bien ficelé.
MAISON BENJAMIN KUENTZ passe 2 de ses single malts en blends: Végétal Musette (mortel en café musette et en highball) et Spicy Nouba (en feu sur l’Old Fashioned – un peu de fûts de Tabasco dans le vieillissement, mais chut!) perdent quelques degrés au passage (41%) et pas mal d’euros (moins de 50), rejoignant ainsi le Peaty Dernier (blend tourbé) sorti en septembre. Le malt reste très majoritaire dans les recettes, et vous allez enfin oser les mixer!
Au Pays basque, BRANA refonde complètement sa gamme et lâche le maïs pour passer en 100% malt. A suivre. En attendant, ce sont 2 vermouths particulièrement originaux qui s’annoncent en avril, bâtis sur le savoir faire de la maison: les gnôles de fruits. Un vermouth blanc à base des divines eaux-de-vie de poire et de cédrat, et un rouge monté sur des eaux-de-vie de clémentine et de framboise. A tomber.
On reste sur le fruit. Sous sa marque BARBARIGO, Michael Barbaria, le créateur derrière Swell de Spirits, flanque sa liqueur de poire d’une petite frangine charnue à souhait: Abricot & Rum. Base rhum de mélasse de 2 ans, sur laquelle se posent les abricots pour partie macérés et pour l’autre distillés. Joie.
Wine Paris embrassait le sans-alcool, avec tout un hall dédié. Dans les spiritueux, la tendance au nolo (no- et low-alcohol) attise bien des appétits, et la R&D carbure plein pot chez les producteurs. A venir incessamment sous peu: la version 20% du whisky BELLEVOYE et le 0% du gin L’Acrobate – celui-ci, on surveille, c’est Bercloux qui s’y colle, l’un des virtuoses du gin français.
Au stand KYRÖ, ces dingues de Finlandais vous accueillent en peignoir – alors qu’ils posent cul nul sur les affiches. Une com’ mensongère largement compensée par l’arrivée prochaine de 2 whiskies griffés Game of Thrones, que HBO leur a commandés pour accompagner la sortie du prochain spin-off de la série. On guettera donc Whisky of Blood et Whisky of Fire avec attention.
En Ecosse, on appuie un peu sur pause rayon nouveautés. INCHDAIRNIE, l’une des jeunes distilleries les plus créatives du moment, propose néanmoins une chouette RyeLaw vintage 2018 de 6 ans (53% seigle, le reste malt) vieilli en fûts de chêne des Appalaches neufs qui mettent en valeur la céréale sucrée.
Dans sa collection d’édition limitées Huntress, NC’NEAN enverra au printemps un Malted Tea Cake, fruit d’une fermentation avec des levures de bière. Et THE GLASGOW DISTILLERY ajoute un single malt de 8 ans à sa gamme 1770.
Voilà de quoi vous polir la luette en finesse avec de jolis liquides. En attendant les nouveautés exclusives LMDW, présentées en avril à la journée La Maison. Cheers!



